Chapter 2: Le Miroir de la Métamorphose
La voiture s’arrêta dans l’allée. Le moteur toussa une dernière fois avant de s’éteindre. Mes doigts tremblaient encore sur mes cuisses, les boucles de ma nouvelle coiffure dansant devant mes yeux à chaque mouvement de tête. Sophie coupa le contact, et le silence de la maison nous enveloppa.
— Viens, dit-elle en ouvrant sa portière.
Je la suivis dans le hall. Mes talons claquaient sur le carrelage, un rythme nerveux qui trahissait mon trouble. Sophie marchait devant moi, ses cheveux blonds balayant son dos, ses épaules droites, déterminées. Elle se retourna dans l’entrée, ses yeux parcourant mon visage, s’attardant sur mes cheveux.
— Il manque quelque chose, murmura-t-elle.
Mon cœur s’arrêta.
— Quoi ?
Elle ne répondit pas. Sa main attrapa la mienne, ses doigts fermes m’entraînèrent vers l’escalier. Mes pas suivirent les siens, automatiques, dociles. La salle de bain du premier étage nous accueillit avec ses murs blancs et sa lumière crue. Le miroir immense au-dessus du double lavabo reflétait mon image : une femme que je ne reconnaissais pas, avec ses boucles folles et ses grands yeux étonnés.
Sophie ouvrit le placard, en sortit une boîte en carton blanc. Elle la posa sur le plan de marbre, défit le couvercle. Des bandes de cire, une spatule en bois, un pot de résine.
— Tes sourcils, dit-elle simplement. Je veux les voir disparaître.
Ma main vola instinctivement à mon visage, mes doigts effleurant cette fine ligne brune qui surmontait mes yeux depuis toujours.
— Les… les enlever ?
— Totalement, oui.
Sa voix ne laissait aucune place à la négociation. Elle déballa la cire avec des gestes précis, alluma la petite chauffeuse, posa le pot dessus. L’odeur de miel chaud emplit la pièce.
— Assieds-toi sur le bord de la baignoire, ordonna-t-elle.
Je m’exécutai. Le marbre froid sous mes cuisses nues contrastait avec la chaleur qui montait dans ma poitrine. Sophie s’approcha, une spatule à la main. Elle trempa le bois dans la cire liquide, le tourna lentement pour l’enrober.
— Ferme les yeux, maman.
Je les fermai. La cire tiède s’étala sur mon sourcil gauche, épaisse, collante. Le parfum sucré m’emplit les narines. Sophie appliqua la bande de tissu par-dessus, lissa avec ses doigts, appuya fermement.
— Respire, murmura-t-elle.
Son pouce tenait la bande. Je sentis la tension, cette seconde d’éternité avant le geste. Mon ventre se serra, mes poings se crispèrent sur le bord de la baignoire.
Elle tira.
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Une brûlure fulgurante traversa mon visage. Une ligne de feu qui partait de l’arête de mon nez jusqu’à ma tempe. Je poussai un cri étranglé, ma main se levant pour toucher la zone douloureuse.
— Ne touche pas, dit Sophie fermement.
Elle posa la bande usagée sur le plan de travail. Je rouvris les yeux, risquai un regard dans le miroir. L’endroit où mon sourcil gauche se trouvait une seconde plus tôt n’était plus qu’une plaque rouge, lisse, étrangement nue.
— L’autre, maintenant.
Mes doigts tremblèrent sur le marbre. Je fermai de nouveau les yeux. La cire chaude s’étala sur mon sourcil droit, la bande de tissu suivit, les doigts de Sophie pressèrent.
Tira.
La douleur explosa, symétrique. Des larmes perlèrent au coin de mes yeux, mais je les retins. Les doigts de Sophie massèrent doucement mes tempes, apaisant la brûlure.
— Ouvre les yeux.
Je les ouvris lentement. Le miroir me renvoya un visage que je n’avais jamais vu. Mes boucles afro encadraient un visage dont les arcades semblaient plus hautes, plus larges. Mes yeux, privés de leur cadre habituel, paraissaient immenses, presque effrayants. Une étrangeté fascinante.
Je n’arrivais pas à détacher mon regard. Cette femme dans le miroir avait quelque chose d’irréel, de sculptural. Ses pommettes ressortaient davantage, son front semblait plus dégagé. La combinaison de mes cheveux crépus et de cette absence totale de sourcils créait un contraste saisissant.
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— Tu aimes ? demanda Sophie, sa voix douce comme du velours.
Ma main tremblante effleura la zone épilée. La peau était lisse, sensible. Je cherchai la réponse au fond de moi, et ce que je trouvai me surprit.
— Oui, murmurai-je.
C’était vrai. Quelque chose en moi vibrait devant cette image radicale. Comme si on avait effacé une partie de mon ancien visage pour révéler une version plus audacieuse, plus libre.
— Tu es magnifique, souffla Sophie.
Elle se tenait derrière moi, ses mains sur mes épaules. Dans le miroir, nos regards se croisèrent. Le sien brillait de cette lueur possessive que j’apprenais à aimer.
— Je t’appartiens, dis-je sans réfléchir.
Les mots étaient sortis tout seuls, comme une évidence.
*
Cinq jours passèrent.
Cinq jours pendant lesquels je m’habituai à mon nouveau visage. Chaque matin, devant la glace, je sursautais en voyant cette étrangère aux arcades nues et aux boucles folles. Et chaque soir, je m’endormais avec la certitude grandissante que cette étrangère était celle que j’avais toujours dû être.
Sophie m’observait. Elle me regardait toucher mes sourcils disparus, caresser mes cheveux crépus, apprendre à m’aimer dans cette nouvelle peau. Et dans ses yeux, je voyais quelque chose de précis, de calculateur. Comme si elle préparait la prochaine étape.
— Pas assez court, dit-elle un matin dans la cuisine.
Je relevai la tête de mon café.
— Quoi ?
— Tes cheveux. Ils ne sont pas assez courts.
Ma main se porta machinalement à ma tête. Les boucles étaient denses, oui, mais elles formaient encore un volume important.
— Je veux que la nuque et les tempes soient dégagées, continua-t-elle. Plus près du crâne. Seul le dessus gardera ses boucles.
— Comme un…?
— Comme une coupe moderne. Un undercut afro.
Le mot sonnait étrangement dans sa bouche. Je sentis ce frémissement familier dans mon ventre, ce mélange d’appréhension et de désir.
— Quand ?
— Aujourd’hui. J’ai appelé Laurence. Elle nous attend à quatorze heures.
*
Le salon sentait toujours les mêmes produits chimiques. Laurence nous accueillit avec un sourire, ses yeux s’attardant une seconde sur mon visage sans sourcils avant de retrouver leur professionnalisme.
— Je vois que les choses ont évolué, commenta-t-elle simplement.
Sophie s’installa derrière moi, ses mains sur mes épaules.
— On coupe encore, annonça-t-elle. La nuque et les tempes très courtes. Le dessus garde ses boucles.
Laurence hocha la tête, m’invita à m’asseoir. Ses doigts écartèrent mes boucles, évaluant la longueur.
— Rasé ou tondu ?
— Tondu. Très court. Numéro deux sur les côtés et la nuque.
La tondeuse bourdonna. La première passe sur ma nuque envoya des petits cheveux crépus voler dans l’air. Je sentis l’air frais caresser ma peau exposée, une nudité nouvelle qui s’étendait. Laurence travaillait avec une précision chirurgicale, dégageant mes tempes, créant une ligne nette entre le haut bouclé et les côtés rasés.
Le miroir me renvoyait une image fragmentée. Mes boucles formaient maintenant un casque dense sur le sommet de mon crâne, tandis que mes tempes et ma nuque révélaient la forme de mon crâne, la ligne de ma mâchoire. Le contraste était saisissant.
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— Parfait, murmura Sophie.
Elle se leva, vint se placer à côté de moi. Ses doigts caressèrent la zone tondue derrière mon oreille, la peau étrangement lisse sous ses doigts.
— À ton tour, dit-elle en se tournant vers Laurence.
— Moi ?
— Tu vas me couper les cheveux. Un carré court. Au niveau de la mâchoire.
Mon cœur battit plus fort. Les cheveux de Sophie, ces longs cheveux blonds qui tombaient jusqu’à ses hanches, allaient disparaître.
— Sophie, tu es sûre ?
Elle se tourna vers moi, ses yeux plongeant dans les miens.
— Tu as changé pour moi. Il est temps que je change pour toi.
Laurence prépara son matériel. Sophie s’installa dans le fauteuil, ses longs cheveux blonds s’étalant sur le dossier. Dans le miroir, nos regards se croisèrent.
— Commence, dit-elle à Laurence.
Les ciseaux glissèrent. La première mèche tomba, une coulée dorée qui rejoignit le sol. Puis une autre, et une autre. Les cheveux de Sophie raccourcissaient centimètre par centimètre, révélant son cou, ses épaules. Laurence coupa droit, net, un carré précis qui arrivait juste au niveau de sa mâchoire.
Quand elle eut fini, Sophie se tourna vers le miroir. Ses cheveux encadraient son visage, soulignant la finesse de ses traits. Elle ressemblait à une version plus jeune de moi, avec cette coupe moderne qui dégageait sa nuque.
— J’aime, dit-elle simplement.
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*
De retour à la maison, Sophie me prit la main et m’entraîna vers la salle de bain. Elle ouvrit le placard, en sortit une nouvelle boîte de cire.
— À mon tour, dit-elle.
— Je… tu veux que je le fasse ?
— Oui.
Elle s’assit sur le bord de la baignoire, ses yeux levés vers moi. Je pris la boîte, mes mains tremblant légèrement. La cire chauffait déjà. Je trempai la spatule, sentant le poids de la responsabilité.
— Ferme les yeux.
Elle les ferma. Ses cils blonds reposaient sur ses joues, ses lèvres entrouvertes. J’étalai la cire sur son sourcil gauche avec précaution, appliquai la bande, lissai du bout des doigts.
— Prête ?
— Oui.
Je tirai d’un geste sec. Sophie grimaça, un petit souffle échappant de ses lèvres. La bande emportait ses poils blonds. Son sourcil gauche avait disparu.
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— Continue, murmura-t-elle.
Je répétai l’opération sur le droit. La brûlure lui arracha une grimace, mais elle ne dit rien. Quand j’eus fini, elle ouvrit les yeux et se leva pour se regarder dans le miroir.
Son visage sans sourcils la faisait paraître plus jeune, plus vulnérable. Ses yeux semblaient immenses, ses pommettes plus saillantes. Elle ressemblait à une poupée étrange, et magnifique.
— On se ressemble, maintenant, dit-elle doucement.
C’était vrai. Avec nos visages épilés, nous étions presque des jumelles. Une même essence, deux versions de la même femme.
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— Viens, dit-elle en me prenant la main.
Elle m’entraîna dans la chambre. La lumière dorée du couchant filtrait à travers les rideaux, peignant les murs de teintes chaudes. Sophie s’allongea sur le lit, tira sur ma main pour que je la rejoigne.
Je m’allongeai à côté d’elle. Nos corps se touchaient presque, une chaleur irradiant entre nous. Sophie tourna la tête vers moi, ses yeux parcourant mon visage.
— Je t’aime, maman.
— Je t’aime aussi.
Sa main trouva la mienne, nos doigts s’entrelacèrent. Elle se rapprocha, nos fronts se touchant presque. Je sentais son souffle sur mes lèvres, léger, régulier.
— Je veux rester comme ça, murmura-t-elle. Juste toi et moi.
— Rien que nous deux.
Son bras passa autour de ma taille, m’attirant contre elle. Mon corps s’abandonna contre le sien, ma tête se nichant au creux de son épaule. Ses doigts caressèrent mes boucles, jouant avec les mèches crépus.
— Tu sens bon, chuchota-t-elle.
Son nez effleura mon cou, ses lèvres suivant le même chemin. Un frisson parcourut ma colonne vertébrale. Ses doigts dans mes cheveux se firent plus lents, plus insistants, massant mon cuir chevelu.
— Sophie…
— Chut.
Sa bouche s’approcha de la mienne, si près que je sentais sa chaleur. Mon cœur battait si fort que je l’entendais dans mes oreilles. Ses lèvres effleurèrent les miennes, un contact électrique qui me fit trembler.
— Tu es à moi, murmura-t-elle contre ma bouche.
— Je suis à toi.
Ses lèvres pressèrent les miennes, douces, hésitantes, puis plus fermes. Sa langue glissa contre la mienne, un goût sucré, tiède. Mes mains trouvèrent son dos, l’attirant contre moi. Nos corps se collèrent l’un à l’autre, la chaleur montant entre nous.
La caresse de ses doigts glissa de mes cheveux à ma nuque, suivant la ligne tondue, descendant le long de ma colonne vertébrale. Chaque contact faisait naître des frissons qui se répandaient dans tout mon corps. Sa bouche quitta la mienne, glissa sur ma joue, le long de ma mâchoire, jusqu’à mon cou.
Je gémissais doucement, mes doigts s’enfonçant dans la coupe courte de ses cheveux blonds. Sa langue traça un chemin brûlant sur ma peau, chaque point de contact une explosion de sensations.
— Je te veux, maman, souffla-t-elle contre mon oreille.
Son souffle chaud emplit mon oreille, ses dents mordillant doucement mon lobe. Je me cambrai instinctivement contre elle, mon bassin rencontrant le sien. La friction fit naître une vague de chaleur entre mes cuisses.
— Dis-moi que tu me veux aussi.
— Je te veux, Sophie.
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Ses doigts trouvèrent le bouton de mon chemisier, le défirent lentement, un par un. L’air caressa ma peau exposée, mes seins libérés de leur prison de tissu. Sa main glissa à l’intérieur, sa paume contre mon sein, son pouce jouant avec mon mamelon durci.
Je retins mon souffle, mes yeux fermés, m’abandonnant à ses doigts qui traçaient des cercles lents sur ma pointe sensible.
— Tu es magnifique, murmura-t-elle.
Sa bouche descendit, ses lèvres capturant mon mamelon, sa langue le taquinant. Un gémissement m’échappa, mes doigts s’enfonçant dans ses cheveux. Les vagues de plaisir roulaient à travers moi, chaque succion un coup de chaleur qui descendait jusqu’à mon sexe.
Ses doigts glissèrent plus bas, trouvèrent l’ourlet de ma jupe, remontèrent lentement le long de ma cuisse. Je haletais, mon corps tendu vers elle, attendant son toucher.